Daech, cet ennemi si précieux! : l'AlterJT

Daech, cet ennemi si précieux!

16 septembre 20150 Commentaire

syrieAlors qu’il est de plus en plus question d’une intervention militaire au sol en Syrie, à laquelle, selon Manuel Valls, la France apporterait tout son soutien, il est bon de faire une radioscopie de la situation sur le terrain.

Aujourd’hui, les forces de Bachar Al Assad soutenues par le Hezbollah libanais, l’Iran et la Russie, ne contrôlent plus que 20 % du territoire : le centre ville de la capitale Damas, une partie de la ville d’Alep au nord, les centres-villes de Homos et Hama ainsi que le littoral où se trouvent les villes portuaires de Lataquié et Tartous. Cette dernière est occupée par l’armée russe dont c’est le dernier port en méditerranée.

Les banlieues Est, Sud et Ouest de Damas échappent au contrôle de l’armée syrienne et de violents combats s’y déroulent quotidiennement. Au Sud, hormis une partie de la ville de Deraa, berceau de la révolution, c’est l’Armée Syrienne Libre, soutenue par la Jordanie et les États-Unis qui contrôle la frontière jordanienne. Au nord, une coalition de groupes armés islamistes, Djeich El Feth (Armée de la conquête) dont fait partie le Front Ennosra (branche syrienne d’Alquaida) multiplie les victoires.

Après avoir pris la ville stratégique D’idlib au printemps, la coalition s’est emparée entre juillet et août de plusieurs autres villes, Ariha, Jisr Echoughour et surtout la plaine du Ghab qui fait la jonction entre le littoral, fief de la minorité alaouite, dont est issue Bachar Al Assad, et la ville de Hama.

Et Daech dans tout ça ?

 Daech combat-il vraiment le régime de Bachar Al Assad en Syrie ? En retour, Bachar combat-il contre Daech où l’utilise t-il comme un épouvantail pour s’attirer la « bienveillance » de l’opinion internationale ? Au regard de ce qui se passe sur le terrain, ces questions sont plus que légitimes.

 En février 2015, l’Armée de la conquête (islamiste) lance une grande offensive et prend en quelques jours la ville stratégique d’Idlib mettant en fuite les généraux de l’armée syrienne. Profitant de la mobilisation des combattants sur le front à Idlib, Daech s’empare des territoires reliant les zones libérées au nord à la frontière turque et bloque tout approvisionnement notamment en carburant. L’opposition est contrainte de stopper son offensive. Une pénurie sans précédent de carburant frappe le nord du pays.

Il faudra plusieurs semaines à l’Armée de la conquête, au prix de lourde pertes, pour déloger Daech et rouvrir les routes vers la Turquie. Le temps pour Bachar de réorganiser ses troupes et de fortifier les lignes sur lesquelles son armée s’était retirée. En juin, la ville d’Ariha est à son tour « libérée » suite à la débandade de l’armée syrienne. Les vidéos des soldats fuyant les combats sont la risée de tous dans les médias sociaux. C’est à ce moment qu’un kamikaze de Daech se fait exploser en pleine réunion de la coalition, tuant une vingtaine de commandants locaux qui préparaient la poursuite de l’offensive, obligeant encore une fois l’armée de la conquête à stopper son action.

 Daech, cet ennemi si précieux

 Le même scénario s’est reproduit dans le sud, à Deraa, où des kamikazes de Daech se font exploser dans des réunions de l’Armée Syrienne Libre, 24 heures avant le lancement d’une offensive, tuant, là encore des commandants militaires. L’attaque qui aura lieu, finalement, un mois plus tard, se soldera par un échec.

Dans la banlieue Sud et Est de Damas, les groupes armés combattent chaque jour, d’un côté l’armée syrienne et de l’autre Daech qui ne manque jamais une occasion d’attaquer l’opposition dans le dos lorsque celle-ci lance une offensive contre les hommes de Bachar.

Interviewé en juin 2015 par la chaîne qatarie Aljazeera, le chef du front Ennosra, Abou Mohamed Al Joulani, a comparé Daech aux « khawaridj », une secte criminelle, née le lendemain de la mort du prophète de l’Islam, qui considère que tous les musulmans sont déviants, sunnites comme chiites, et que leur mort est licite.

 

Abou Jaber Cheikh, le chef d’« Ahrar Echam » (les Hommes Libre de Syrie) plus important groupe armée en Syrie, d’obédience islamiste, qualifie de son coté Daech d’organisation criminelle :

« Bachar bombarde les villes avec toutes ses armes. Il utilise les barils d’explosifs pour détruire les hôpitaux, les écoles et les infrastructures pour interdire toute vie dans les villes que nous libérons. En deux ans, pas une seule bombe, pas un seul baril n’est tombé sur Erraqua, la capitale de Daech en Syrie ». Et d’ajouter : « À chaque fois que nous sommes trois ( L’armée syrienne, la coalition et Daech) dans un même espace, Daech nous attaque et laisse l’armée de Bachar s’emparer des positions. Posez vous des questions ! syria-map-webb  »

 Pour la majorité des observateurs qu’ils soient syriens ou étrangers, il ne fait aucun doute que de nombreux « émirs » de Daech en Syrie soient des agents des services de renseignements syriens.

Une intervention militaire au sol conduite par une coalition arabo-turque, soutenue par la France, qui ne prendrait pas en compte cette réalité est vouée à l’échec.  

Voir aussi notre reportage: Syrie, quatre ans de guerre

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Dans: AJT Plumes
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